{"id":721,"date":"2020-01-07T14:30:19","date_gmt":"2020-01-07T13:30:19","guid":{"rendered":"http:\/\/utopia56.net\/?p=721"},"modified":"2020-01-07T14:30:19","modified_gmt":"2020-01-07T13:30:19","slug":"la-situation-des-mineur-e-s-non-accompagne-e-s-mna-en-france","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/2020\/01\/07\/la-situation-des-mineur-e-s-non-accompagne-e-s-mna-en-france\/","title":{"rendered":"La situation des Mineur.e.s Non Accompagn\u00e9.e.s (MNA) en France"},"content":{"rendered":"<p>En 1990, la France signait et ratifiait la convention relative aux droits de l\u2019enfant. A ce titre, elle s\u2019est engag\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger, h\u00e9berger, nourrir, soigner et faciliter la scolarisation de tou.te.s les mineur.e.s pr\u00e9sent.e.s sur son territoire.<\/p>\n<p>Le Code d\u2019action sociale et des familles pr\u00e9cise que les mineur.e.s doivent \u00eatre pris.es en charge sans condition de nationalit\u00e9 et sans consid\u00e9ration de la r\u00e9gularit\u00e9 de leur s\u00e9jour.<\/p>\n<p>Or, ce que constatent les associations qui \u0153uvrent sur le terrain pour la protection des MNA, dont Utopia 56 et son partenaire M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res, est une politique de non-accueil, de maltraitance administrative et polici\u00e8re et de privation d\u2019acc\u00e8s aux soins, qui est inacceptable.<\/p>\n<p>Le terme de MNA a remplac\u00e9 celui de MIE \u00ab Mineur.e Isol\u00e9.e Etranger.e \u00bb en mars 2016. Si ce terme juridique ne contient d\u00e9sormais plus le mot \u00ab \u00e9tranger \u00bb, ce statut renvoie encore et toujours les jeunes exil\u00e9.e.s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de migrant.e plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un statut de mineur.e devant \u00eatre prot\u00e9g\u00e9.e, de par le caract\u00e8re arbitraire et dissuasif de la proc\u00e9dure pour obtenir la protection correspondante.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9valuation : de la difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre reconnu.e mineur.e et isol\u00e9.e<\/h2>\n<p>En France, la protection des mineur.e.s est du ressort des d\u00e9partements, responsables de leur prise en charge \u00e0 l\u2019issue d\u2019une \u00ab \u00e9valuation de minorit\u00e9 \u00bb lors de laquelle l\u2019administration statue sur la minorit\u00e9 ou la majorit\u00e9 du jeune qui se d\u00e9clare mineur. Cette \u00e9valuation est souvent r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019ASE (Aide Sociale \u00e0 l\u2019Enfance) ou parfois une association, par d\u00e9l\u00e9gation de service public. A Paris par exemple, cette \u00e9valuation est r\u00e9alis\u00e9e au DEMIE (Dispositif d\u2019Evaluation des Mineurs Isol\u00e9s Etrangers) par la Croix Rouge fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019un jeune se d\u00e9clare mineur \u00e0 l\u2019administration comp\u00e9tente dans le d\u00e9partement o\u00f9 il se trouve, celle-ci est tenue de le mettre imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019abri dans un foyer ou un h\u00f4tel, en attendant son \u00e9valuation. Mais cette obligation l\u00e9gale est rarement respect\u00e9e et le d\u00e9lai d\u2019attente d\u2019une \u00e9valuation peut aller d\u2019une semaine \u00e0 plusieurs mois selon les d\u00e9partements.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9valuation, lorsqu\u2019elle a lieu et n\u2019est pas simplement refus\u00e9e \u00ab au faci\u00e8s \u00bb (refus dit \u00ab guichet \u00bb) pour des jeunes d\u00e9clar\u00e9s arbitrairement \u00ab manifestement majeur.e.s \u00bb (pr\u00e8s de 10 % des cas), consiste en un entretien qui peut durer moins de 30 voire moins de 20 minutes durant lequel l\u2019\u00e9valuateur\/\u00e9valuatrice devra pr\u00e9senter des suppositions sur la minorit\u00e9 ou la majorit\u00e9 du jeune \u00e0 l\u2019aide d\u2019un questionnaire transmis au conseil d\u00e9partemental, qui prend la d\u00e9cision finale (sans avoir jamais vu le\/la jeune).<\/p>\n<p>Cette pratique n\u2019est pas conforme aux textes de lois selon lesquels l\u2019\u00e9valuation doit se faire \u00ab par une \u00e9quipe pluridisciplinaire et form\u00e9e \u00bb \u00e0 la lumi\u00e8re des d\u00e9clarations du\/de la jeune mais aussi de ses papiers d\u2019\u00e9tat civil s\u2019il\/elle en fournit (avec la possibilit\u00e9 l\u00e9gale d\u2019une aide \u00e0 la reconstitution de l\u2019\u00e9tat civil) et d\u2019\u00e9l\u00e9ments physiologiques et psychologiques. Trop souvent, des pr\u00e9textes de refus impr\u00e9cis ou malhonn\u00eates sont invoqu\u00e9s, telle que la maturit\u00e9 du\/de la jeune, de son langage et l\u2019impr\u00e9cision de son r\u00e9cit migratoire.<\/p>\n<p>Dans tous les cas, l\u2019entretien se fait \u00ab \u00e0 charge \u00bb, en partant du principe que le\/la jeune va mentir, sans consid\u00e9ration pour la pr\u00e9somption de minorit\u00e9 due \u00e0 la personne qui se pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019administration comme mineure. La pr\u00e9sence d\u2019un.e interpr\u00e8te n\u2019est pas garantie et beaucoup de jeunes venant d\u2019Afrique de l\u2019Ouest voient une \u00e9valuation avec des cons\u00e9quences tr\u00e8s importantes pour toute leur vie se d\u00e9rouler en fran\u00e7ais qui n\u2019est pas leur langue maternelle, par commodit\u00e9 et par souci d\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Les jeunes refus\u00e9s sans entretien doivent se battre pour obtenir la lettre de refus de minorit\u00e9, pourtant indispensable \u00e0 la saisine du juge des enfants, seul recours possible \u00e0 la d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Lorsque la minorit\u00e9 ne peut \u00eatre contest\u00e9e par l\u2019administration, c\u2019est alors souvent l\u2019isolement qui est remis en question, en pr\u00e9textant par exemple la pr\u00e9sence d\u2019un.e parent.e lointain.e sur le territoire ou encore l\u2019aide d\u2019une association ou d\u2019un.e particulier.e solidaire.<\/p>\n<p>D\u2019un d\u00e9partement \u00e0 l\u2019autre, les \u00e9valuations sont si arbitraires et les pratiques si disparates qu\u2019elles m\u00e8nent \u00e0 la reconnaissance de minorit\u00e9 de 9 % \u00e0 100 % des jeunes qui se pr\u00e9sentent.<\/p>\n<h2>Contester la d\u00e9cision gr\u00e2ce au juge des enfants (JDE)<\/h2>\n<p>Tout.e jeune d\u00e9clar\u00e9.e majeur.e par le conseil d\u00e9partemental dispose de deux mois pour entamer une saisine du juge des enfants. (Dans le cas d\u2019un jugement d\u00e9favorable, il est possible par la suite, comme pour chaque proc\u00e9dure judiciaire en France, de faire appel).<\/p>\n<p>Cette proc\u00e9dure, tr\u00e8s importante pour faire respecter le droit de ces adolescent.e.s \u00e0 obtenir une protection, est n\u00e9anmoins longue et complexe. Mais, aid\u00e9e par des associations, les jeunes peuvent esp\u00e9rer gagner ce combat. Cela vaut le coup : \u00e0 Paris, plus de 50 % des jeunes qui font ce choix sont finalement pris.es en charge par l\u2019ASE et b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une mesure d\u2019assistance \u00e9ducative jusqu\u2019\u00e0 leur majorit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans plus de 50 % des cas \u00e9galement, les jeunes qui saisissent le juge b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une ordonnance de placement provisoire (d\u00e9cision de placer un.e jeune en foyer) lors de leur premi\u00e8re audience (jusqu\u2019au rendu du jugement). Pour les autres, c\u2019est malheureusement souvent la rue et les difficult\u00e9s pour se nourrir (pendant un an parfois) qui peuvent inciter le\/la jeune \u00e0 abandonner ses d\u00e9marches. C\u2019est pourquoi Utopia 56 a souhait\u00e9 d\u00e9velopper avec M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res le projet \u00ab Accueillons \u00bb pour stabiliser les adolescent.e.s en recours durant leurs d\u00e9marches.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9aliser leur saisine du juge, les jeunes ont la plupart du temps besoin d\u2019aide car la lettre doit \u00eatre r\u00e9dig\u00e9e en fran\u00e7ais et apporter un certain nombre d\u2019informations tr\u00e8s sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>Si la proc\u00e9dure de saisine permet de faire avancer la protection des mineur.e.s non accompagn\u00e9.e.s, elle est cependant tr\u00e8s imparfaite. Malgr\u00e9 l\u2019impr\u00e9cision des tests osseux (radio de la main et du poignet gauche pour d\u00e9terminer \u00ab l\u2019\u00e2ge osseux \u00bb) pratiqu\u00e9s sur les adolescent.e.s (2 ans de marge d\u2019erreur apr\u00e8s 16 ans), ils sont encore demand\u00e9s dans certains cas par les juges et une cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u00e9mesur\u00e9e leur est pr\u00eat\u00e9e. En outre, les juges donnent souvent, comme les d\u00e9partements, peu de cr\u00e9dit aux documents d\u2019identit\u00e9 \u00e9trangers, surtout pour les ressortissant.e.s guin\u00e9en.ne.s qui sont tr\u00e8s p\u00e9nalis\u00e9.e.s.<\/p>\n<p>L\u2019importation et la certification de documents d\u2019identit\u00e9 du pays d\u2019origine ont un co\u00fbt \u00e9lev\u00e9, parfois plus de cent euros, qui ne peut \u00eatre support\u00e9 par le\/la jeune seul.e. Il est \u00e0 signaler que tout dialogue du\/de la jeune avec l\u2019administration de son pays d\u2019origine pour obtenir des papiers lui fermera de fait la porte de la demande d\u2019asile, ce qui peut \u00eatre un handicap d\u00e8s son 18e anniversaire, la France jugeant ainsi qu\u2019il\/elle n\u2019a rien \u00e0 craindre du gouvernement de son pays et s\u2019estimant donc dans la capacit\u00e9 de l\u2019y renvoyer.<\/p>\n<p>Encore une fois, l\u2019aide \u00e0 la reconstitution de l\u2019\u00e9tat civil, obligation l\u00e9gale de l\u2019administration, n\u2019est presque jamais propos\u00e9e.<\/p>\n<h2>R\u00e9partition nationale et fichage biom\u00e9trique : les nouveaux d\u00e9crets 2018-2019<\/h2>\n<p>La loi \u00ab Asile et immigration \u00bb, aussi appel\u00e9e loi \u00ab Colomb \u00bb, promulgu\u00e9e le 10 septembre 2018, a instaur\u00e9 la mise en place d\u2019un fichage biom\u00e9trique des MNA pour ma\u00eetriser leur circulation sur le territoire fran\u00e7ais et \u00e9viter que les jeunes refus\u00e9.e.s ne tentent une \u00e9valuation dans d\u2019autres d\u00e9partements. Le premier d\u00e9cret relatif \u00e0 ce fichage a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 au Journal Officiel le 31 janvier 2019, malgr\u00e9 les alertes des associations, du D\u00e9fenseur des Droits, du Conseil National de la Protection de l\u2019Enfance et de certains conseils d\u00e9partementaux. La mise en place de ce fichage en effet poss\u00e8de des inconv\u00e9nients majeurs et notamment la n\u00e9cessit\u00e9 pour le\/la jeune de se rendre en pr\u00e9fecture (alors que son rapport \u00e0 la police durant son parcours migratoire, et m\u00eame \u00e0 son arriv\u00e9e en France, a pu \u00eatre tr\u00e8s traumatisant), le fichage lui-m\u00eame (\u00e9thiquement questionnant pour des mineur.e.s) et l\u2019interconnexion avec d\u2019autres fichiers biom\u00e9triques europ\u00e9ens facilitant les expulsions. Le 26 juillet 2019, le Conseil Constitutionnel, interpell\u00e9 par les acteurs de la protection de l\u2019Enfance, ent\u00e9rinait le d\u00e9ploiement du dispositif, en le d\u00e9clarant conforme \u00e0 la constitution fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Toutefois, son utilisation reste facultative, ce qui rend les \u00e9valuations encore plus disparates et arbitraires. Certains d\u00e9partements comme le Bas-Rhin, l\u2019Is\u00e8re, l\u2019Essonne et l\u2019Indre-et-Loire, se sont empar\u00e9s du dispositif d\u00e8s le d\u00e9cret d\u2019application et la majorit\u00e9 des autres ont suivi. Pourtant, selon la CNAPE (Convention Nationale des Associations de Protection de l\u2019Enfant), au moins six d\u00e9partements refusent encore de mettre en place le dispositif, comme Paris et le d\u00e9partement de Seine-Saint-Denis, o\u00f9 les \u00e9valuations sont particuli\u00e8rement nombreuses.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 une application r\u00e9cente, les cons\u00e9quences du fichage sont d\u00e9j\u00e0 connues. Refus\u00e9.e.s dans un d\u00e9partement, les jeunes ne peuvent plus tenter une \u00e9valuation dans un autre.<\/p>\n<p>On pourrait y voir un avantage d\u00e8s lors que le\/la jeune est reconnu.e mineur.e dans un d\u00e9partement : fich\u00e9.e au niveau national, il\/elle peut alors \u00eatre transf\u00e9r\u00e9.e dans un autre d\u00e9partement avec son dossier, assur\u00e9.e de voir respect\u00e9e son \u00e9valuation. Or, il n\u2019en est rien. Un.e jeune dont la minorit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 reconnue par son d\u00e9partement d\u2019\u00e9valuation (avec ou sans recours au JDE) et qui n\u2019est pas mis.e \u00e0 l\u2019abri dans ce d\u00e9partement (en cas de forte demande) sera effectivement transf\u00e9r\u00e9.e sans avoir le choix dans un autre d\u00e9partement mais son ordonnance de placement n\u2019a aucune garantie d\u2019\u00eatre respect\u00e9e.<br \/>\nCertains d\u00e9partements refusent d\u2019accueillir des jeunes au pr\u00e9texte que le d\u00e9partement d\u2019\u00e9valuation serait laxiste. Les adolescent.e.s transf\u00e9r\u00e9.e.s et rejet\u00e9.e.s re\u00e7oivent parfois dans la foul\u00e9e une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Fran\u00e7ais) qu\u2019il leur faudra contester rapidement pour pouvoir rester en France et continuer \u00e0 batailler pour la reconnaissance de leurs droits.<\/p>\n<p>Dans ce cas particulier, le juge des enfants est impuissant \u00e0 faire respecter l\u2019avis du premier d\u00e9partement et le\/la jeune, d\u00e9sormais fich\u00e9.e au niveau national et affect\u00e9.e \u00e0 un d\u00e9partement qui le refuse, est condamn\u00e9.e \u00e0 l\u2019errance. Il\/Elle devient alors un.e mijeur.e, ni mineur.e ni majeur.e et les portes des dispositifs de droit commun ne pourront s\u2019ouvrir \u00e0 lui\/elle que s\u2019il\/elle se pr\u00e9tend majeur.e.<\/p>\n<h2>L\u2019acc\u00e8s aux soins, une n\u00e9cessit\u00e9 imm\u00e9diate<\/h2>\n<p>Pour ces jeunes qui ont voyag\u00e9 sans leurs proches et qui ont quitt\u00e9 leur pays d\u2019origine \u00e0 la suite de traumatismes graves, de violences familiales ou \u00e0 cause d\u2019un contexte politico-\u00e9conomique dramatique, il serait crucial de r\u00e9aliser au plus t\u00f4t un bilan psychologique et de sant\u00e9 avant d\u2019entamer des d\u00e9marches administratives longues et complexes. Or, ce que propose l\u2019ASE, c\u2019est une \u00e9valuation \u00ab \u00e0 charge \u00bb d\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e du\/de la jeune ou apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019errance dans la rue.<\/p>\n<p>D\u00e9sorient\u00e9.e.s, souvent effray\u00e9.e.s et anxieux.ses, habitu\u00e9.e.s \u00e0 ne plus faire confiance \u00e0 personne, ils\/elles peuvent difficilement satisfaire l\u2019administration qui les presse de questions sur leur parcours migratoire, la vie dans leur pays d\u2019origine, la famille qu\u2019ils ont quitt\u00e9, \u2026<\/p>\n<p>Hors, la proc\u00e9dure ne pr\u00e9voit aucun acc\u00e8s au soin ni bilan psychologique avant le RDV d\u2019\u00e9valuation (qui peut demander plusieurs mois), et souvent aucun h\u00e9bergement n\u2019est propos\u00e9 non plus, en violation de la loi.<\/p>\n<p>Les jeunes \u00e0 la rue d\u00e9veloppent ainsi des troubles psychologiques et sont souvent malades. La difficult\u00e9 de se faire soigner sans repr\u00e9sentant.e l\u00e9gal.e et la saturation des dispositifs de droit commun comme les PASS (Permanences d\u2019acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9) rend difficile l\u2019obtention d\u2019un simple rendez-vous de bilan avec un g\u00e9n\u00e9raliste. Nous r\u00e9alisons de nombreux accompagnements m\u00e9dicaux car les jeunes essayant seul.e.s d\u2019obtenir des soins sont souvent rejet\u00e9.e.s sous pr\u00e9texte qu\u2019ils\/elles n\u2019ont pas de papiers ni de repr\u00e9sentant l\u00e9gal. Les proc\u00e9dures sp\u00e9cifiques pour les MNA (surtout MNA en recours) sont peu claires et souvent mal connues des professionnels de sant\u00e9 eux\/elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>A Paris, le centre MSF de Pantin permet de pallier aux carences du syst\u00e8me de sant\u00e9 (particuli\u00e8rement satur\u00e9 en \u00cele-de-France) pour les jeunes refus\u00e9.e.s par l\u2019ASE, tant au niveau de la sant\u00e9 physique que mentale.<\/p>\n<h2>L\u2019asile, r\u00e9serv\u00e9e aux majeur.e.s ?<\/h2>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que pensent beaucoup d\u2019exil\u00e9.e.s mais aussi de b\u00e9n\u00e9voles aidant.e.s, l\u2019asile est accessible \u00e0 tou.te.s, quelque soit l\u2019\u00e2ge. Un.e mineur.e isol\u00e9.e peut tout \u00e0 fait, ind\u00e9pendamment de son \u00e9valuation de minorit\u00e9, d\u00e9poser une demande d\u2019asile et pr\u00e9tendre \u00e0 un statut qui le prot\u00e9gera au-del\u00e0 de ses 18 ans. N\u00e9anmoins, dans les faits, seulement quelques centaines de mineur.e.s par an d\u00e9posent des demandes, pourtant accept\u00e9es \u00e0 plus de 70 % (deux fois plus souvent que pour les adultes).<\/p>\n<p>Les obstacles \u00e0 la demande d\u2019asile sont \u00e0 la fois l\u2019ignorance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de cette possibilit\u00e9 et les freins administratifs dissuasifs aux demandes, notamment les d\u00e9lais de d\u00e9signation de l\u2019 \u00ab administrateur ad hoc \u00bb (qui remplace le repr\u00e9sentant l\u00e9gal du jeune dans la d\u00e9marche). Parfois, l\u2019examen de la demande semblent m\u00eame \u00eatre mis en suspens par l\u2019administration jusqu\u2019\u00e0 la majorit\u00e9, \u00e9vitant ainsi la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9signer le dit-administrateur, en violation, encore une fois, de la loi.<\/p>\n<h2>Les mijeurs, ni mineurs, ni majeurs<\/h2>\n<p>L\u2019errance et la pr\u00e9carit\u00e9 des mineur.e.s refus\u00e9.e.s sont renforc\u00e9es par la binarit\u00e9 des syst\u00e8mes sociaux fran\u00e7ais et du droit commun, qui distinguent fortement les services pour les mineur.e.s et pour les majeur.e.s. Ainsi, un.e mineur.e ne peut appeler le 115 pour \u00eatre mis.e \u00e0 l\u2019abri. Si un jeune ment sur son \u00e2ge par commodit\u00e9 pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un service r\u00e9serv\u00e9 aux majeur.e.s (h\u00e9bergement, nourriture, allocation), cela pourra \u00eatre utilis\u00e9 contre lui plus tard s\u2019il fait appel de la d\u00e9cision du d\u00e9partement pour faire reconna\u00eetre sa minorit\u00e9.<\/p>\n<p>Tout jeune en errance la nuit se d\u00e9clarant mineur, accompagn\u00e9 ou pas par un.e citoyen.ne, doit pouvoir pr\u00e9tendre \u00e0 une mise \u00e0 l\u2019abri en se rendant \u00e0 n\u2019importe quel commissariat. Nous avons fait le constat durant plusieurs ann\u00e9es que les commissariats ne connaissent pas leur devoir \u00e0 ce propos ou feignent de ne pas le conna\u00eetre. Pire, nous avons d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 des remises \u00e0 la rue en pleine nuit (apr\u00e8s le d\u00e9part du ou de la b\u00e9n\u00e9vole) ou encore, une fois o\u00f9 la police a d\u00e9clar\u00e9 avoir perdu les papiers du jeune, pourtant seule preuve de sa minorit\u00e9, durant la nuit de mise \u00e0 l\u2019abri d\u2019urgence.<\/p>\n<h2>L\u2019action d\u2019Utopia 56 pour les mineur.e.s<\/h2>\n<p>Nous ne pouvons rester inactif.ve.s face \u00e0 ces constats. Depuis 2017, Utopia 56 a souhait\u00e9 consacrer environ la moiti\u00e9 de ses ressources (heures b\u00e9n\u00e9voles, heures salari\u00e9es, dons, effort de plaidoyer, &#8230;) \u00e0 la cause de MNA d\u00e9laiss\u00e9.e.s par les conseils d\u00e9partementaux. L\u2019antenne de Tours en a m\u00eame fait son c\u0153ur d\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est dans l\u2019optique d\u2019offrir un toit, un suivi m\u00e9dical et psychologique ainsi que la n\u00e9cessaire aide administrative \u00e0 toutes les personnes se d\u00e9clarant mineures que nous avons construit des partenariats long terme avec MSF mais aussi de nombreux collectifs qui \u0153uvrent pour la protection des mineur.e.s. Nous sommes compl\u00e9mentaires !<\/p>\n<p>Utopia 56 est pr\u00e9sente dans la rue gr\u00e2ce \u00e0 ses maraudes et peut donc accompagner tr\u00e8s t\u00f4t les jeunes \u00e0 leur arriv\u00e9e en France, car chaque jour compte pour soustraire les adolescent.e.s en errance au risque de traite (p\u00e9dophilie, esclavage et travail forc\u00e9, mendicit\u00e9 forc\u00e9e, &#8230;) et de d\u00e9gradation de leur sant\u00e9 physique et psychique. Nous envoyons les jeunes \u00e0 l\u2019\u00e9valuation, avec le contact du num\u00e9ro unique \u00ab mineur.e.s \u00bb d\u2019Utopia, afin qu\u2019ils\/elles puissent nous contacter si le r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9valuation s\u2019av\u00e8re n\u00e9gatif. Alors, \u00e0 Paris nous les orientons au centre MSF, ou, dans les autres antennes, nous r\u00e9alisons le suivi administratif en collaboration avec les associations locales. Et partout, nous h\u00e9bergeons, afin de proposer une stabilit\u00e9 \u00e0 des jeunes et de leur offrir la possibilit\u00e9 de se battre pour leurs droits fondamentaux !<\/p>\n<p>En 2019, environ 100 jeunes ont pu \u00eatre soutenu.e.s au niveau national et b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une aide administrative, d\u2019un h\u00e9bergement et d\u2019un acc\u00e8s facilit\u00e9 \u00e0 la scolarisation et \u00e0 des activit\u00e9s culturelles.<\/p>\n<p>Et en 2020, nous continuerons \u00e0 lutter contre la maltraitance administrative et le fichage des MNA par un plaidoyer document\u00e9 et offensif.<\/p>\n<p><strong>Sources<\/strong> :<\/p>\n<ul>\n<li>Rapport Mission France MSF, septembre 2019<\/li>\n<li>Rapport de la Cimade, Jeunes en Danger, 2018<\/li>\n<li>www.infomie.net<\/li>\n<li>www.unicef.fr<\/li>\n<li>www.cnape.fr<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1990, la France signait et ratifiait la convention relative  [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":723,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[26,24],"tags":[],"class_list":["post-721","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-mineures-isolees","category-plaidoyer"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/721","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=721"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/721\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=721"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=721"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=721"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}