{"id":21052,"date":"2024-03-22T11:39:15","date_gmt":"2024-03-22T10:39:15","guid":{"rendered":"https:\/\/utopia56.org\/?p=21052"},"modified":"2024-03-22T11:39:15","modified_gmt":"2024-03-22T10:39:15","slug":"a-calais-letat-met-en-danger-les-exiles-tout-en-pretendant-sauver-des-vies","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/2024\/03\/22\/a-calais-letat-met-en-danger-les-exiles-tout-en-pretendant-sauver-des-vies\/","title":{"rendered":"A Calais l\u2019Etat met en danger les exil\u00e9s tout en pr\u00e9tendant sauver des vies"},"content":{"rendered":"<div class=\"wrapper\">\n<div class=\"wrapper-article\">\n<section class=\"block-article article--text article--intro\">\n<div class=\"wrapper-inner\">\n<p>Cette tribune, sign\u00e9e par\u00a0Isabelle Defourny, pr\u00e9sidente de M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res et\u00a0Yann Manzi, co-fondateur et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Utopia 56,\u00a0a \u00e9t\u00e9 originellement publi\u00e9e sur le site de\u00a0<a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/idees-et-debats\/tribunes\/a-calais-letat-met-en-danger-les-exiles-tout-en-pretendant-sauver-des-vies-20240321_XCTEMR2HQZFJZPXUJOJKVIFTHI\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Lib\u00e9ration<\/a>\u00a0le 21 mars 2024.<\/p>\n<\/div>\n<\/section>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"content\">\n<div class=\"wrapper text-inside\">\n<div class=\"wrapper-article\">\n<div id=\"paragraph-35337\" class=\"paragraph-texte paragraph-texte block-article article--text  \">\n<div class=\"wrapper-inner\">\n<p>Lors de la mise en \u00e9chec d\u2019une tentative de travers\u00e9e, les comptes X (ex-Twitter) de la police nationale du Pas-de-Calais, ainsi que ceux des pr\u00e9fectures du Pas-de-Calais et des Hauts-de-France se remplissent des photos d\u2019embarcations saisies, publi\u00e9es avec le hashtag \u00ab sauver des vies \u00bb. Actives depuis des ann\u00e9es aupr\u00e8s des personnes migrantes en France, nos associations ne peuvent que constater \u00e0 quel point ce langage est en contradiction avec l\u2019action men\u00e9e au quotidien par les autorit\u00e9s publiques \u00e0 la fronti\u00e8re franco-britannique, o\u00f9 la vie de ces personnes est constamment mise en danger.<\/p>\n<p>L\u2019Etat fran\u00e7ais met en danger les personnes exil\u00e9es qui essayent de traverser la Manche en bateau ou en camion. Dans les enceintes portuaires ou dans les parkings, sur les plages ou aux abords des canaux, les forces de l\u2019ordre interviennent pour \u00ab\u00a0sauver des vies\u00a0\u00bb \u00e0 coup de gaz lacrymog\u00e8nes, de flashballs et de couteaux pour percer les bateaux d\u00e9j\u00e0 charg\u00e9s de personnes. L\u2019\u00e9quipe de M\u00e9decins sans Fronti\u00e8res soigne quotidiennement les cons\u00e9quences de ces violences\u00a0: fractures, plaies, entorses, probl\u00e8mes oculaires dus au gazage, ou encore morsures de chiens l\u00e2ch\u00e9s intentionnellement par le personnel assurant la s\u00e9curit\u00e9 des parcs de stationnement pour les poids lourds, devenus des points d\u2019embarquement.<\/p>\n<p>L\u2019Etat fran\u00e7ais met en danger des naufrag\u00e9s en les abandonnant apr\u00e8s les avoir ramen\u00e9s \u00e0 terre. La pr\u00e9fecture du Pas-de-Calais a \u00e9labor\u00e9 un protocole de prise en charge humanitaire pour les naufrag\u00e9s ramen\u00e9s au port, qui pr\u00e9voit l\u2019acc\u00e8s des rescap\u00e9s \u00e0 des tentes chauff\u00e9es, des v\u00eatements secs et un endroit o\u00f9 dormir. Pourtant, ce protocole n\u2019est pas syst\u00e9matiquement d\u00e9clench\u00e9 ou ne l\u2019est que partiellement. Les autorit\u00e9s abandonnent ainsi des personnes choqu\u00e9es, dans des v\u00eatements tremp\u00e9s et \u00e0 la limite de l\u2019hypothermie, sans aucune assistance. Le25 janvier, un homme amput\u00e9 des deux jambes a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 sur le bord de la route par pompiers et police qui estimaient avoir achev\u00e9 leur mission apr\u00e8s l\u2019avoir treuill\u00e9 hors de la boue. Le 3 mars, apr\u00e8s la mort d\u2019une enfant de sept ans, noy\u00e9e dans un canal lors du chavirage d\u2019un bateau transportant trois familles, aucune prise en charge psychologique n\u2019a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e aux quinze naufrag\u00e9s ayant assist\u00e9 \u00e0 la mort de la fillette, parmi lesquels \u00e9taient pr\u00e9sents ses parents et ses trois fr\u00e8res \u00e2g\u00e9s de 8, 10 et 13 ans. Seules les associations essayent d\u2019intervenir pour les rhabiller, les chausser, les ravitailler, les loger et les soutenir apr\u00e8s un \u00e9v\u00e9nement traumatique.<\/p>\n<p>Pire, les autorit\u00e9s publiques contribuent \u00e0 exacerber la souffrance psychologique des rescap\u00e9s en s\u00e9parant les familles, en criminalisant les p\u00e8res et en privant l\u2019ensemble des rescap\u00e9s d\u2019un h\u00e9bergement.Naufrag\u00e9es, endeuill\u00e9es et traumatis\u00e9es, ces familles font face \u00e0 l\u2019abandon des services publics et \u00e0 l\u2019agressivit\u00e9 d\u2019une politique s\u00e9curitaire r\u00e9pressive ayant \u00e0 c\u0153ur la protection des fronti\u00e8res plut\u00f4t que celle des vies humaines.\u00a0Ainsi, la nuit du naufrage du 3 mars, les trois p\u00e8res pr\u00e9sents sur le bateau ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s de leurs familles, plac\u00e9s en garde \u00e0 vue, puis rel\u00e2ch\u00e9s sans poursuites. Entretemps, la m\u00e8re de la fillette d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, enceinte de plus de huit mois, attendait le retour de son mari \u00e0 l\u2019h\u00f4pital avec ses trois autres enfants, et n\u2019a finalement pu \u00eatre h\u00e9berg\u00e9e que gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9nergie des b\u00e9n\u00e9voles associatifs. Une autre m\u00e8re et son enfant de deux ans, survivants du m\u00eame naufrage, ont pu \u00eatre mis \u00e0 l\u2019abri dans une chambre d\u2019h\u00f4tel mise \u00e0 disposition par M\u00e9decins sans Fronti\u00e8res. C\u2019est ainsi aux associations et collectifs citoyens que revient d\u00e9sormais la responsabilit\u00e9 de r\u00e9unir les familles, de les h\u00e9berger et d\u2019organiser les obs\u00e8ques.<\/p>\n<p>L\u2019Etat fran\u00e7ais met en danger les rescap\u00e9s en les livrant \u00e0 eux-m\u00eames dans des conditions pr\u00e9caires. Apr\u00e8s une tentative de travers\u00e9e infructueuse, nombreuses sont les personnes qui se r\u00e9solvent \u00e0 effectuer des heures de marche pour rentrer sur les campements. Cela peut mener \u00e0 des drames, comme en novembre 2023, quand une quinzaine d\u2019exil\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 fauch\u00e9s par un poids-lourd sur l\u2019autoroute en pleine nuit alors qu\u2019ils rentraient \u00e0 Grande-Synthe, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 secourus en mer et abandonn\u00e9s au port de Calais \u00e0 minuit. Deux personnes sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9es, et quatre ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9es, dont un mineur non-accompagn\u00e9.<\/p>\n<p>A Calais et sur le littoral, nous assistons \u00e0 un d\u00e9sengagement massif et violent de l\u2019autorit\u00e9 publique. Ce sont les associations, les collectifs et les citoyens solidaires qui assurent la survie des \u00ab ind\u00e9sirables \u00bb \u00e0 qui l\u2019Etat confie de fait la gestion. Ils pallient l\u2019insuffisance des services publics et du filet social destin\u00e9 \u00e0 ces populations laiss\u00e9es sur le carreau. A Calais et sur le littoral, l\u2019Etat ne pourvoit plus, il meurtrit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Photo : Pendant la nuit du mercredi 24 et du jeudi 25 janvier, une petite embarcation semi-rigide (appel\u00e9e aussi \u00ab small boat \u00bb) quittait le canal de Gravelines, pr\u00e8s de Grand-Fort-Philippe, dans le nord de la France, en direction de l\u2019Angleterre. La police essayait d\u2019emp\u00eacher les derni\u00e8res personnes d\u2019embarquer le semi-rigide avant qu\u2019il ne prenne le large pour tenter la travers\u00e9e de la Manche. 25\/01\/2024, Gravelines, nord de la France.\u00a0 \u00a9 St\u00e9phane Lavou\u00e9<\/em><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<aside class=\"block-article article--more\">\n<div class=\"row\">\n<div class=\"col-xs-12 col-sm-6 eclairage_lie\"><\/div>\n<\/div>\n<\/aside>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette tribune, sign\u00e9e par\u00a0Isabelle Defourny, pr\u00e9sidente de M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res  [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":21053,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18,12,14],"tags":[],"class_list":["post-21052","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","category-calais","category-grande-synthe"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21052","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21052"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21052\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21052"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=21052"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/test.utopia56.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21052"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}